Le Grand Bain : La piscine, véritable défi de cinéma

Posté par Rosario Ligammari le 12 Septembre 2019
Il ne fait pas de doute que la piscine est un lieu cinégénique. Gilles Lellouche ne s'y est pas trompé en réalisant Le Grand Bain avec un casting détonnant qui goûte aux joies de la natation synchronisée. Mais tourner un film en piscine relève aussi d'un certain challenge technique...
Gilles Lellouche se jette dans Le Grand Bain

Pour son premier long-métrage en solo en tant que réalisateur (après Narco, co-réalisé avec Tristan Aurouet, sorti en 2004), Gilles Lellouche s'est emparé d'un sujet inattendu : la natation synchronisée. Encore plus surprenant : ce sport, d'habitude féminin, est ici pratiqué par un groupe d'hommes (Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Alban Ivanov, Balasingham Thamilchelvan et Felix Moati), tous un peu paumés dans la vie. Le mâle contemporain rame ? Il trouve un début de sens à son existence en nageant : la piscine représente alors autant un défouloir qu'un bain de jouvence.

Si les personnages du Grand Bain n'ont pas tellement bonne mine, il faut dire que la piscine, elle, a toujours été « cinégénique », resplendissante, du Plongeon (Frank Perry, 1968) à Deep End (Jerzy Skolimowski, 1971) en passant par L'Effet aquatique (Sólveig Anspach, 2016).

La piscine, un lieu de détente et de tension...

La piscine est surtout un lieu de détente, propice à la fête, un rendez-vous de jeux d'enfants, un espace de baisers chlorés ou carrément d'étreintes lascives (comme dans Showgirls de Paul Verhoeven, 1996). Elle trouve sa place même au sein de la comédie : quand on jette quelqu'un dans la piscine – contrairement à quand on en balance un corps à la mer – c'est généralement pour lui faire une blague (La Vérité si je mens ! de Thomas Gilou, 1997). Mais il faut – comme on dit – se méfier de l'eau qui dort. La piscine peut être un lieu de tension comme dans pléthore de films d'horreur ou simplement dans le bien-nommé La Piscine : entre Marianne (Romy Schneider) et Jean-Paul (Alain Delon), quelque chose ne tourne pas rond autour du bassin à l'eau bleue.

Enfin, un certain nombre de films dont l'action se déroule en mer ont en réalité été tournés... à la piscine. C'est le cas de Titanic (James Cameron, 1997), suite au naufrage du paquebot, quand les protagonistes se retrouvent à l'eau.

... et aussi de prise de risque technique

La piscine représente aussi à elle-seule un sacré défi technique – pour un résultat souvent impressionnant : en atteste le plan-séquence somptueux du premier acte de Soy Cuba (Mikhail Kalatozov, 1964) avec la caméra qui entre dans l'eau et en ressort avec une fluidité déconcertante. Dans La La Land (Damien Chazelle, 2017), la scène de danse à la piscine, en plus d'être gracieuse, est certainement l'une des plus spectaculaires du film.

Sorti cette année, Les Crevettes Pailletées (Cédric Le Gallo et Maxime Govare), long-métrage inspiré de la véritable équipe de water-polo gay, contient une scène dans laquelle la piscine se métamorphose en un immense night-club. On assiste à pas moins de sept minutes de plan-séquence avec cent-cinquante figurants mais surtout une caméra qui zigzague et opère des vas-et-viens sous l'eau comme un insecte volant.

Pour finir sur Le Grand Bain, en plus des acteurs qui se sont entraînés pendant six mois à l'INSEP avec l'ex-nageuse Julie Fabre, Gilles Lellouche s'est démené à la réalisation : les chorégraphies aquatiques n'ont pas été des plus simples à tourner (direction des acteurs, découpage, etc). Dans le film, le ballet de ses nageurs y est attendu comme un spectacle de fin d'année. Il ne fait donc pas de doute : au cinéma, la piscine est un lieu où il faut se mouiller.

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