La Villa sur CANAL+ : de l'engagement au soleil
Posté par Philippe Coussin-Grudzinski le 15 Octobre 2018
Dès le 16/10 sur CANAL+ et myCANAL
Dans La Villa, Robert Guédiguian réunit sa petite troupe (Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Robinson Stévenin, Anaïs Dumoustier...) dans son décor fétiche : le Sud de la France, les villages de pêcheurs abandonnés en basse saison, et la Méditerranée qui scintille à toutes les heures de la journée. C'est doux, c'est tendre, c'est délicieux, ça se regarde à la fois comme un doux souvenir d'été et comme une réflexion politique sur l'époque. 
 
Au départ venus rendre visite à leur père malade, des enfants se demandent comment continuer à vivre leur petite utopie sociale dans un monde globalisé. Tout le monde n'est pas d'accord : vendre la villa réalisée à la force du poignet ou bien le garder, transformer le petit restaurant pas cher en brasserie lounge pour attirer les touristes ou bien le laisser vivoter encore un peu. Et puis, un jour, l'armée débarque à la recherche de migrants. Non, ils n'ont rien vu, et quand bien même ils auraient vu quelque chose, ils ne diraient rien. Délation. Et puis finalement, ils doivent d'y confronter et ce sont des enfants. Que faire face à la misère ? Comment l'accueillir ? Robert Guédiguian glisse ces quelques questions avec une immense finesse, nous renvoyant en permanence à notre humanité. 
 
Autour de ces sujets tristement contemporains, la vie continue. Le père malade passe ses journées dans son fauteuil face à la mer au soleil, les couples se font et se défont, le petit pêcheur fait ses virées en mer et tout le monde se retrouve au bistrot le soir pour manger la pêche du jour sur des nappes en papier blanc. La réalisation de Guédiguian a quelque chose de miraculeux : nous montrer une carte postale sans la filmer comme une carte postale, filmer la mer sans la filmer comme la mer, filmer l'utopie et la misère sans donner de leçon, sans tomber dans un misérabilisme parfois contre-productif. Sa caméra nous éblouit tellement qu'à la fin, on pense à ces mots du photographe Jacques Henri Lartigue : "N'importe quoi devient miraculeux dans le grand reflet éblouissant." Même cette simple cigarette qui se consume dans un cendrier avec la mer en arrière-plan. 

Actuellement sur myCANAL. 

Posté par Cinéma Canal le 15 Octobre 2018