LA VIE D'UNE FEMME : Léa Drucker succombe à Mélanie Thierry dans ce film en lice pour la Palme d’Or 2026
Présenté en compétition officielle lors du 79e Festival de Cannes, le film LA VIE D’UNE FEMME de Charline Bourgeois-Tacquet met en scène Léa Drucker dans la peau d’une chirurgienne de 55 ans, qui tombe sous le charme d’une romancière, incarnée par Mélanie Thierry. Une nouvelle variation brillante sur le désir féminin de la part de la réalisatrice remarquée en 2021 avec LES AMOURS D’ANAÏS.
LA VIE D'UNE FEMME : Gabrielle en onze chapitres
Gabrielle (Léa Drucker) n’a pas le temps. Chaque seconde de sa vie semble déjà occupée : son travail de chirurgienne à l’hôpital public, sa mère atteinte d’Alzheimer, son couple, ses amis. Tout est rempli, organisé, maîtrisé. Dans ce contexte, l’inattendu n’a plus sa place, et la vie de Gabrielle semble avancer comme un TGV sur des rails.
Mais les vies trop tracées angoissent Charline Bourgeois-Tacquet, alors comme dans LES AMOURS D’ANAÏS, c’est une rencontre qui vient stopper le rythme effréné de son héroïne.
Dans LA VIE D’UNE FEMME, cette rencontre prend les traits de Frida (Mélanie Thierry), une romancière qui vient observer Gabrielle dans le cadre de ses recherches. D’abord perçue comme une présence encombrante dans un quotidien déjà saturé, Frida s’immisce peu à peu dans les interstices d’une vie où tout semblait à sa place. Ce qui ressemblait à une contrainte devient alors une histoire d’amour inattendue.
Charline Bourgeois-Tacquet raconte avoir voulu filmer une femme de cinquante ans "qui irait bien". Une femme qui aime son métier, qui a construit sa vie, qui n'attend pas qu'une rencontre vienne la sauver ou lui révéler qui elle est. Gabrielle n'est pas un personnage en manque, et Frida ne vient pas combler un vide, simplement la déplacer.
Au contact de cette femme plus libre, plus instinctive, Gabrielle découvre un territoire qui lui échappe. La réalisatrice nous explique avoir eu envie de la voir évoluer sur "un terrain qui n'est pas le sien", là où cette femme habituellement sûre d'elle devient soudain maladroite, timide, vulnérable. Une fragilité qui éclot notamment lors d'une magnifique parenthèse à la montagne, où le film s'ouvre brusquement. Les horizons s'élargissent, l'air circule, les corps respirent. Comme si Gabrielle prenait soudain conscience qu'une autre vie restait encore possible.

D'Anaïs à Gabrielle : des héroïnes qui suivent leurs désirs
Cette idée traverse tout le cinéma de Charline Bourgeois-Tacquet. Ses personnages tombent amoureux,mais ils cherchent souvent autre chose à travers cette passion : une manière différente d'habiter le monde, de se réaliser. La réalisatrice confiait avoir longtemps été marquée par les héroïnes de romans entièrement consacrées à leurs histoires d'amour, quand "les hommes, eux, étaient occupés à autre chose". Une prise de conscience qui l'a poussée à imaginer des femmes dont le désir n'efface jamais le reste de leur existence. Chez elle, l'amour n'est jamais une fin en soi : il est souvent un élan vital, une force qui remet les personnages en mouvement et les pousse à regarder au-delà de ce qu'ils pensaient être leur horizon.
Pour Gabrielle, cette histoire avec Frida la bouleverse, la fragilise, l'accompagne longtemps. Mais elle ne détruit pas sa vie, ne renonce pas à son travail, ne tourne pas le dos à tout ce qu'elle a construit, à commencer par son couple avec un homme qu'elle aime. La passion n'est plus ici un point d'arrivée ni un sacrifice.
Si Gabrielle est bien plus âgée et installée dans sa vie qu’Anaïs — et se rapproche davantage du personnage incarné par Valeria Bruni-Tedeschi dans LES AMOURS D’ANAÏS — cette histoire vient pourtant déplacer quelque chose en elle. Non pas parce qu’elle manquait de liberté ou de désir, mais parce qu’elle avait fini par ne plus vraiment avoir de place pour eux.
Dès lors, un fil rouge semble se dessiner entre les héroïnes de Charline Bourgeois-Tacquet. Toutes refusent, à leur manière, de considérer leur vie comme un territoire définitivement balisé. Chez elle, les rencontres amoureuses ne viennent pas réparer une existence ou combler un manque, mais ouvrent une fenêtre.
Gabrille ne quitte pas tout, mais cette rencontre avec Frida lui rappelle qu’au-delà des responsabilités, des habitudes et des rôles que l’on finit par endosser, il existe encore des espaces où l’on peut se surprendre soi-même.
LA VIE D'UNE FEMME en salles le 9 septembre 2026.
