LA PETITE DERNIÈRE de Hafsia Herzi : l’histoire vraie derrière le film primé à Cannes et aux César
Auréolé d’une pluie de récompenses, dont le récent César du meilleur espoir féminin pour l’actrice Nadia Melliti, LA PETITE DERNIÈRE est sans conteste l’un des meilleurs films français sortis en 2025. Réalisé par Hafsia Herzi, il s’agit d’une adaptation d'un roman qui a, lui aussi, fait date. Explications.
LA PETITE DERNIÈRE : L’un des meilleurs films de 2025
Quand Hafsia Herzi – déjà saluée pour les très beaux TU MÉRITES UN AMOUR et BONNE MÈRE, deux films disponibles sur Canal+— découvre La Petite Dernière, roman de Fatima Daas publié en 2020, c’est un choc. Le livre raconte l’histoire de Fatima, la plus jeune d’une famille d’origine algérienne qui grandit en banlieue parisienne. Bonne élève, très croyante, la jeune femme mène une vie plutôt banale… jusqu’au moment où elle découvre son attirance pour les femmes. Une révélation qui vient bouleverser ses certitudes et l’oblige à affronter un dilemme intime : comment concilier sa foi musulmane, l’amour qu’elle porte à sa famille et ses désirs naissants ?
À la lecture, Hafsia Herzi comprend immédiatement qu’elle tient là un personnage rare. « Quand j’ai lu le roman, je me suis dit : ce personnage, je ne l’ai jamais vu au cinéma », raconte-t-elle. « Ce qui m’intéressait, c’était ce combat intérieur, ces contradictions permanentes. Fatima essaye d’être fidèle à tout — à sa famille, à sa religion, à elle-même — et c’est presque impossible. C’est ce tiraillement qui la fait souffrir. » Elle en tire un troisième long métrage LA PETITE DERNIÈRE présenté en Compétition officielle au Festival de Cannes 2025, où le film marque les esprits.
La révélation du film, l’actrice Nadia Melliti, y remporte le Prix d’interprétation féminine, tandis que le long métrage reçoit également la Queer Palm, confirmant l’enthousiasme critique autour de cette œuvre sensible et audacieuse. Nadia Melliti décroche également, et plus récemment, le César du meilleur espoir féminin.
Un roman autobiographique devenu un phénomène
Avant d’être un film, La Petite Dernière est donc ce roman signé Fatima Daas, publié en 2020, qui est resté dans les esprits pour par sa forme très particulière : une écriture fragmentée, presque incantatoire, où la narratrice répète sans cesse « Je m’appelle Fatima ». Une manière pour l’autrice d’affirmer une identité multiple et parfois contradictoire au cœur même de son récit. Le livre rencontre rapidement un important écho critique et public. Il reçoit notamment le Prix du premier roman des Inrockuptibles 2020, et Fatima Daas s’impose comme l’une des nouvelles voix marquantes de la littérature française contemporaine.
La Petite Dernière est un roman autofictionnel très intimiste, écrit à la première personne, qui raconte la vie d’une jeune femme musulmane, française d’origine algérienne, qui se découvre lesbienne dans un cadre familial très traditionnel de banlieue. Née de parents algériens, “petite dernière” d’une fratrie nombreuse, elle vit entre un père parfois violent, une mère soumise et un monde où la sexualité et les sentiments sont des sujets tabous.
Le cœur du livre est sa quête d’identité : comment concilier sa foi musulmane, l’amour de Dieu, le poids de la tradition familiale et son désir pour les femmes, en particulier avec une certaine Nina. Elle consulte un imam, va voir une psychologue, mais ce qui la sauve vraiment, c’est l’écriture, qu’elle utilise comme un moyen de se réconcilier avec elle‑même et avec ses multiples appartenances (culture, religion, sexualité, environnement de banlieue).
Dans le film, Hafsia Herzi garde l’essentiel de la trame : une jeune Fatima, 17 ans, musulmane pratiquante, issue d’une famille de banlieue, qui découvre son attirance pour les filles et se libère progressivement en entrant à l’université. La transposition est cependant très libre : Herzi a supprimé certains éléments (notamment une partie de l’enfance), enrichi la marge narrative et la dimension sensorielle, et a ajouté ou modifié des personnages pour mieux visualiser le “sous‑texte” du roman.
Le film met plus l’accent sur le conflit intérieur entre foi et désir, sur la famille et la sociabilité de quartier, et sur une forme d’émancipation douce, par l’écriture et les études, plutôt que sur une rupture brutale avec l’islam ou la famille. Fatima Daas a participé à l’écriture du scénario et a été associée à la démarche, ce qui fait que le film reste fidèle au vécu et au ton de l’auteure, même si la forme et certains détails sont romancés au cinéma.
Salué par la presse et les libraires, La Petite Dernière devient un véritable phénomène littéraire, traduisant avec une grande justesse les tensions entre identité, religion et désir. À la sortie de l’adaptation cinématographique signée Hafsia Herzi, Fatima Daas a accompagné plusieurs séances, confiant volontiers avoir été profondément touchée par le film, qui selon elle restitue « l’intimité et la complexité » du personnage tout en lui offrant une nouvelle vie au cinéma.
