La colocation, un espace de révolte dans Les Affamés

Posté par Rosario Ligammari le 11 Juillet 2019
Au cinéma, la colocation est souvent un espace de collectivité avec un esprit positif. Il s'agit aussi d'un cadre idéal pour traiter à la loupe des jeunes confrontés à des problèmes sentimentaux ou professionnels. Dans Les Affamés, la coloc, c'est là où le début de la révolte commence.
Les films en colocation, entre amitiés et rivalités

Les films de collocation représentent un genre à part entière de buddy movies. Divers caractères cohabitent dans un appartement plus ou moins étroit pour le meilleur mais aussi pour le pire. Lieu adapté à la scène théâtrale, la « coloc » est aussi très en vogue dans les séries et autres sitcoms – à l'instar de Friends (Marta Kauffman et David Crane, de 1994 à 2004) – comme un espace propice à des quiproquos chers aux vaudevilles.

Au cinéma, la coloc illustre l'esprit Erasmus et la bonne humeur dans L'Auberge espagnole (Cédric Klapisch, 2002) : à travers les visages qui incarnent une idée de l'Europe, y règne une forme de solidarité vivace. La colocation est aussi le lieu des histoires d'amour compliquées mais fun dans Deux garçons, une fille, trois possibilités (Andrew Fleming, 1994) et dans Dostana (Tarun Mansukhani, 2008) ou des embrouilles liées à l'argent dans le grinçant Petits meurtres entre amis (Danny Boyle, 1995).

La colocation, un espace précaire autant que solidaire

Quelle que soit la trame, la collocation ressemble à un vivarium. Autrement dit, il s'agit d'un cadre idéal d'observation sociologique pour décortiquer ce qui serait souvent le passage transitoire entre la fin de l'adolescence et l'entrée laborieuse dans l'âge adulte. Si, en colocation, il arrive qu'on se serre physiquement, on peut aussi s'y serrer les coudes. En effet, à force de vivre dans ce même espace, cela peut certes virer au conflit, mais on peut se tirer vers le haut – et chercher une issue à la précarité.

Dans Les Affamés (Léa Fredeval, 2018), Zoé (interprétée par Louane) est une jeune fille de la petite vingtaine, seule et livrée à elle-même . Elle trouve refuge dans sa colocation. Avec ses colocs, elle partage un appartement mais aussi pas mal de galères propres à sa génération. Leur lieu de vie devient alors l'une des rares bases un tant soit peu solide là où tout le reste se révèle fragile et instable, sur le plan amoureux et surtout professionnel.

Et le lieu où la révolte commence

Au moment de tourner Les Affamés, la réalisatrice Léa Fredeval avait vingt-huit ans. Elle est l'autrice du livre éponyme et rédactrice de plusieurs articles sur les difficultés de l'emploi chez les jeunes d'aujourd'hui. On peut dire sans mal qu'elle sait de quoi elle parle, en se plaçant elle-même en sujette de ladite génération qu'elle aborde. Question références, elle reconnaît adorer L'Auberge espagnole, film « générationnel » qui date d'il y a déjà dix-sept ans et qui reste pourtant d'actualité.

La différence avec les autres films de colocation, c'est que dans Les Affamés, Internet change bien sûr le rapport à la recherche d'emploi : tout paraît plus simple et pourtant tout n'est jamais aussi compliqué. Quant à la révolte, elle n'est plus actuelle chez les jeunes ? Elle peut s'étendre jusque dans la rue en ayant commencé... dans une coloc.

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