LA BATAILLE DE GAULLE - L'ÂGE DE FER : avec ce film, Antonin Baudry rêve d’un grand cinéma français
Avec LA BATAILLE DE GAULLE : L’ÂGE DE FER, présenté en avant-première mondiale au Festival de Cannes 2026 et au cinéma ce 3 juin, Antonin Baudry ne filme pas seulement la naissance de la France Libre. Sept ans après LE CHANT DU LOUP, le cinéaste signe une immense fresque populaire sur des hommes qui refusent d’accepter la défaite, tout en interrogeant au passage le rapport du cinéma français à l’ambition, au spectacle et aux récits nationaux.
LA BATAILLE DE GAULLE : un rêve de cinéma
Il y a deux ans, le Festival de Cannes lançait déjà LE COMTE DE MONTE-CRISTO avant son immense succès en salles et ses plus de 10 millions d’entrées. Cette année, la Croisette semble poursuivre cette même envie de défendre un cinéma français ambitieux et populaire avec LA BATAILLE DE GAULLE : L’ÂGE DE FER, vaste fresque historique portée par l’envie assumée de faire du grand spectacle sans renoncer à une vision profondément française du récit et de l’Histoire.
Sept ans après LE CHANT DU LOUP, Antonin Baudry revient ainsi avec un projet colossal consacré aux débuts de la France Libre : Batailles militaires, Londres sous les bombes, tensions diplomatiques avec Churchill et Roosevelt, jeunes résistants lancés dans une aventure qui les dépasse… Mais lorsqu’il parle du film, ce qui semble surtout le passionner, ce n’est pas tant la grande figure historique de de Gaulle que le moment où plus personne ne croit encore à cette histoire, sauf lui.
“Quand j’étais adolescent, j’ai lu LE FIL DE L’ÉPÉE”, nous confie-t-il à propos du livre écrit par Charles de Gaulle dans les années 1920. Pendant longtemps pourtant, le personnage lui paraît presque inaccessible : “une statue du commandeur”, une icône trop figée pour devenir un véritable personnage de cinéma.
Après plusieurs années passées aux États-Unis, Antonin Baudry revient vivre en France en 2015 et découvre un pays qu’il perçoit soudain différemment. Il parle d’une sensation de domination culturelle anglo-saxonne omniprésente, jusque dans les détails du quotidien, les enseignes en faux anglais ou l’obsession permanente de se comparer au modèle américain. C’est à ce moment-là que la figure de de Gaulle recommence à le hanter.
Moins dans le monument historique qu’il représente que dans le geste presque absurde qu’il accomplit en 1940 : celui d’un homme seul qui refuse de céder au réel alors même que tout semble déjà perdu.
“Il voit la capitulation, l’occupation, la défaite… et malgré ça, il décide de tenir à son rêve”, explique le réalisateur.

Un rêve collectif
En évoquant de Gaulle, Antonin Baudry évoque d’ailleurs spontanément une autre figure : Don Quichotte. Le chevalier qui refuse le monde tel qu’il est, quitte à sombrer avec ses illusions. “Il se dit que son pays ne peut pas accepter ça”, raconte-t-il.
Ce n’est pas un hasard si LA BATAILLE DE GAULLE : L’ÂGE DE FER ressemble souvent moins à un biopic historique traditionnel qu’à une immense épopée romanesque peuplée de marginaux, de jeunes résistants, de soldats oubliés, de diplomates épuisés et d’hommes qui continuent d’avancer alors même que plus personne ne croit réellement à leur combat.
Car ce que le film raconte avant tout, selon lui, c’est la manière dont un rêve collectif finit par prendre corps :
“Ce rêve ne se serait jamais incarné sans tous ces gens très différents qui ont décidé de se lever avec lui”, dit-il.
Dans le film, de Gaulle (incarné par un bluffant Simon Abkarian) n’existe d’ailleurs jamais seul. Autour de lui gravitent des lycéens révoltés, des militaires mis à l’écart, des aristocrates déchus, des résistants venus d’horizons totalement opposés. Antonin Baudry insiste beaucoup sur cette idée : la France Libre ne naît pas d’un seul homme providentiel mais d’une multitude d’individus qui acceptent, chacun à leur manière, une forme de sacrifice.
Et derrière cette réflexion historique, il y a aussi une réflexion très contemporaine sur le cinéma français lui-même. Antonin Baudry raconte que lors de l’écriture de son CHANT DU LOUP, beaucoup lui répétaient qu’un tel film “ne pouvait pas se faire en France”. Aujourd’hui encore, il refuse cette idée selon laquelle les films spectaculaires seraient réservés aux Américains.
“Personne ne nous oblige à accepter que l’on n’a pas le droit de faire des films avec des moyens de cinéma comme eux”, lance-t-il.
Lorsqu’il parle de science-fiction ou de blockbuster, Antonin Baudry ne parle jamais seulement d’industrie. Il parle d’imaginaire. D’un pays qui abandonne peu à peu certaines formes de récits jusqu’à laisser d’autres raconter le monde à sa place.
“À chaque fois qu’on abandonne un territoire de création, on abandonne quelque chose de nous.” conclut-il.
LA BATAILLE DE GAULLE : L'ÂGE DE FER en salles le 3 juin.
