L'Insulte : quand le réalisateur de Baron Noir nous raconte le Liban d'aujourd'hui.
Posté par Philippe COUSSIN-GRUDZINSKI le 11 Décembre 2018
Dans L'Insulte, Ziad Doueiri (L'Attentat, Baron Noir) nous emmène au Liban. A travers le procès entre un chrétien, Toni, et un réfugié palestinien, Yasser, pour une simple affaire de voisinage, il nous montre l'état de la société libanaise actuelle et sonde aussi son histoire, sans prendre partie, en ayant l'intelligence de nous amener à nous poser pas mal de questions, tant sur la question palestinienne que sur la situation spécifique au Liban. Et, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, c'est absolument passionnant.

Au départ, une simple histoire de gouttière défectueuse : un réfugié palestinien, dont c'est le métier, la répare après avoir reçu de l'eau sur la tête, sans demander son avis au locataire. Furieux, le locataire, chrétien donc, casse la gouttière, puis le ton monte. Insulte, intimidations, violences physiques... Jusqu'à arriver à un procès qui manque d'enflammer le pays. Défenseurs des réfugiés palestiniens d'un côté, partisans des chrétiens du Liban de l'autre. Le pays est au bord de la crise tant les deux parties semblent irréconciliables. Tout ça pour une gouttière donc. 

Certes. Mais derrière cette gouttière, c'est toute une histoire, peu connue, que le film aborde : celle du massacre de Damour, dont est originaire Toni, qui a eu lieu le 20 janvier 1976. Des milices palestiniennes ont alors assassiné des chrétiens de Damour, en représailles au massacre de Karantina, un quartier de Beyrouth majoritairement peuplé de réfugiés palestiniens, qui eût lieu deux jours avant. Derrière l'histoire, se joue la question de qui est la victime, qui est le bourreau. A cette question, le film n'y répond donc pas, mais soutient qu'au lieu de chercher à qui est la faute, il faut toujours mieux faire en sorte de pardonner pour parvenir à vivre ensemble, sans niaiserie et sans bons sentiments. 

Grâce à un scénario haletant qui s'approche parfois de celui des meilleures séries américaines, grâce à une réalisation très "caméra à l'épaule" qui suit les personnages au plus près de leurs émotions, grâce à des acteurs excellents, Ziad Doueiri parvient à nous intéresser à un sujet pas forcément évident. Tellement que le film a concouru dans la catégorie "Meilleur film étranger" lors de la dernière édition des Oscars, et que Kamel El Basha, qui interprète Yasser, a reçu la coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à la Mostra de Venise 2017. A voir donc. Absolument. 

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