L'énigmatique Terrence Malick de retour à Cannes avec Une vie cachée

Posté par Rosario Ligammari le 16 Mai 2019
Huit ans après sa Palme d'or pour The Tree of Life, Terrence Malick est de retour en compétition à Cannes pour Une vie cachée. Des années 70 à 2010, le réalisateur s'est fait rare, à raison de seulement quatre films. Depuis quasiment une décennie, c'est l'inverse qui se produit : il n'arrête pas de tourner. Malick reste néanmoins, à l'image de ses films assez insaisissable. Tentative de décryptage.
Un avant et un après Tree of Life

Le terme de « réalisateur culte » n'est pas galvaudé quand on évoque Terrence Malick. « Pour vivre heureux vivons cachés » écrivait le fabuliste Florian ; pour être culte aussi. De Jérôme David Salinger à Thomas Pynchon, le monde de la littérature ne le sait que trop bien. Et cela est valable également au cinéma. Culte, Terrence Malick l'est parce que trop rare.

On note quatre films étalés sur quatre décennies, ce qui lui a valu la comparaison avec un certain Stanley Kubrick : on en compte deux en 1970 (La Ballade sauvage, 1975 ; Les Moissons du ciel, 1979), un dans les années 1990 (La Ligne rouge, 1999) et un autre en 2000 (Le Nouveau monde, 2006). Puis une nouvelle décennie s'ouvre et vient la consécration Tree Of Life (sorti en 2011). On n'attendait plus Terrence Malick autant qu'on ne s'attendait pas à une œuvre aussi grandiose. Le réalisateur texan ne s'attendait certainement pas à une telle ovation à Cannes. En 2011, il reçoit donc la Palme d'or, une récompense qu'il ne viendra d'ailleurs pas récupérer au moment de la cérémonie.

Le style Malick

Il y a bien un avant et un après Tree Of Life. Depuis, on n'arrête plus Terrence Malick, comme si le réalisateur s'était retenu pendant un certain nombre d'années : il avait trop de choses à dire, ou plutôt à filmer. Que ça soit dans À la Merveille (2013) ou dans Knight of cups (2015), la dimension spirituelle, déjà présente dans ses œuvres précédentes, est poussée à son paroxysme. La différence majeure, c'est que ses longs-métrages avant The Tree of Life – qu'il s'agisse de mélodrame et thriller (La Ballade sauvage) ou de film de guerre (La Ligne rouge) – étaient plus narratifs.

A partir de The Tree of Life, le cinéma de Malick repose essentiellement sur l'envoûtement, à travers un souffle épique marqué par des plans d'un lyrisme fou emprunt d'une beauté hypnotique. Malick utilise la steadycam pour donner à ses mouvements fluidité et harmonie. Et la voix-off de compléter le poème. Quant à ses personnages, ils se fondent dans les paysages qui s'étendent à perte de vue. La nature reflète l'immensité de l'état amoureux ou du tourment. En un mot, son cinéma est passé de rare à segmentant et ses digressions divisent le monde. La narration éclatée n'arrange rien, ses zigzags temporels peuvent déstabiliser.

Une vie cachée, la fin d'un cycle ?

Son dernier film s'appelle Une vie cachée. Pour résumer Terrence Malick, on peut difficilement trouver titre plus approprié. Mais il ne s'agit pas du tout d'une autobiographie : le film raconte l'histoire d'un paysan autrichien qui refuse de se battre aux côtés des nazis. Malick renouerait ainsi avec une forme narrative plus traditionnelle, un scénario plus écrit. La fin d'un cycle ? En tout cas, du pur Terrence Malik à n'en pas douter.

Parce que si Malick est caché, on sent sa présence à chacun de ses plans ; il suffit de voir quelques secondes d'un de ses films pour savoir qui est derrière. Alors, vu qu'on arrive en fin de décennie, c'est l'heure du bilan : le réalisateur a-t-il gagné en présence ce qu'il a perdu en statut culte ? Non. En effet, s'il a tourné depuis 2010 plus de films qu'en quatre décennies, non seulement son cinéma contemplatif fait l'objet d'admiration (ce n'est pas pour rien que des stars comme Brad Pitt, Nathalie Portman ou Ryan Gosling ont tourné avec lui) mais en plus le réalisateur lui-même reste en retrait – ses interventions sont rares tout comme ses photos, comme si ces films se suffisaient. De toute façon, « Définir c'est réduire » disait Oscar Wilde et le cinéma de Malick est bien trop ample. Et puis ses films ne s'expliquent pas : ils se ressentent.

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