Jean Dujardin : 20 ans après Brice de Nice, retour sur dix rôles marquants
Vingt ans après Brice de Nice, Jean Dujardin continue d’explorer les genres et les registres. De la comédie burlesque au film d’auteur, retour sur dix longs-métrages emblématiques de son parcours.
1. Brice de Nice (2005) – Le surgissement d’un anti-héros improbable
Adapté d’un personnage né à la télévision, Brice de Nice suit les aventures d’un surfeur immature et fantasque, convaincu d’être une star malgré l’absence de vagues à Nice. Enchaînant les poses, les phrases toutes faites et les provocations verbales - qu’il appelle ses “casses” -, Brice incarne une forme de comédie absurde, nourrie par le décalage entre son univers et la réalité. Le film rencontre un large succès, propulsant Jean Dujardin comme figure incontournable de la comédie française au milieu des années 2000.
2. OSS 117 : Le Caire, nid d’espions (2006) – L'espion vintage à contre-temps
Dans cette relecture des films d’espionnage des années 50, Jean Dujardin prête ses traits à Hubert Bonisseur de La Bath, agent français aussi sûr de lui que dépassé. Racisme ordinaire, misogynie assumée, patriotisme mal placé : le personnage, volontairement archaïque, fait mouche par son décalage avec les codes contemporains. Ce premier opus de la saga OSS 117, réalisé par Michel Hazanavicius, installera durablement Dujardin dans un registre comique précis, basé sur le contre-sens et le second degré.

3. The Artist (2011) – Silence, évanescence et lumière noire
Projet atypique dans le paysage cinématographique français, The Artist retrace le destin d’un acteur du muet confronté à l’émergence du parlant. Jean Dujardin y incarne George Valentin, star déchue tentant de rester dans la lumière. Sans dialogue, le film repose sur le jeu expressif de son interprète, qui exploite ici toute une palette de gestes, de regards et de silences. Le film remporte un succès international inédit pour une production française : cinq Oscars, dont celui du Meilleur acteur pour Dujardin, une première pour un Français, ainsi que le prix d’interprétation masculine à Cannes.
4. 99 francs (2007) – Le cynisme comme moteur narratif
Adapté du roman de Frédéric Beigbeder, 99 francs met en scène Octave Parango, publicitaire cynique en pleine implosion personnelle et professionnelle. Jean Dujardin y incarne un narrateur instable, tour à tour charmeur, désabusé et destructeur. Entre hallucinations, provocations et brisures du quatrième mur, le film propose une satire acide du monde de la publicité, mais aussi une réflexion sur les illusions modernes. Un rôle risqué qui marque une rupture avec l’image plus lisse de ses débuts.
5. Contre-enquête (2007) – Un thriller sobre et tendu
Dans ce drame policier, Jean Dujardin interprète un inspecteur dont la fille a été assassinée. Alors qu’un suspect est arrêté et condamné, le doute s’installe. Le film évacue l’effet de manche au profit d’un récit épuré, où la douleur se lit en creux. Dujardin y adopte un registre contenu, loin de ses rôles plus expansifs, pour porter cette enquête intime sur la justice, le deuil et la culpabilité.
6. La French (2014) – Guerre de territoire à Marseille
Dans ce polar inspiré de faits réels, Jean Dujardin incarne Pierre Michel, juge engagé dans la lutte contre le trafic de drogue à Marseille dans les années 70. Face à lui, un parrain charismatique campé par Gilles Lellouche. Le film reconstitue avec précision une époque où la French Connection faisait transiter l’héroïne vers les États-Unis. Dujardin y compose un personnage de magistrat déterminé, mais de plus en plus isolé, pris dans une mécanique violente qui le dépasse.

7. Les Infidèles (2012) – Visages multiples de l’inconstance
Film à sketches réalisé notamment par Jean Dujardin et Gilles Lellouche, Les Infidèles explore les différentes facettes de l’adultère masculin. À travers une galerie de personnages volages, souvent caricaturaux, Dujardin joue avec les archétypes et les limites de la masculinité. Le projet, volontairement provocateur, a suscité des débats, mais témoigne aussi d’une volonté de rompre avec les conventions narratives classiques.
8. Le Daim (2019) – L’homme et la veste
Sous la direction de Quentin Dupieux, Jean Dujardin incarne Georges, un homme qui développe une obsession pathologique pour sa veste en daim. Cette pièce vestimentaire devient le moteur d’un récit absurde, entre comédie noire et surréalisme. Seul face à ses délires, le personnage tente de reprendre le contrôle sur sa vie, quitte à basculer dans la violence. Le film, radical dans sa proposition, s’appuie sur une performance tout en décalage.
9. Le Retour du Héros (2018) – Jeux de dupes sous l’Empire
Comédie historique en duo avec Mélanie Laurent, Le Retour du Héros suit les mésaventures d’un officier opportuniste, disparu au front puis ressurgi de manière inattendue. Jean Dujardin incarne un imposteur charmant, contraint de jouer un rôle qu’il ne maîtrise pas. Dans un décor napoléonien, le film explore les faux-semblants, les manipulations sociales et le pouvoir des récits. Une variation sur le thème du masque, dans un registre plus classique.
10. Möbius (2013) – Double jeu sous surveillance
Dans ce thriller d’espionnage réalisé par Éric Rochant, Jean Dujardin incarne Grégory Liubov, agent russe chargé de surveiller une informaticienne travaillant pour un oligarque. Très vite, l’opération prend un tour personnel et trouble, brouillant les frontières entre devoir et désir. Le film s’inscrit dans une tradition du cinéma d’espionnage plus psychologique que spectaculaire, où le rythme lent sert la tension des rapports humains. Dujardin y joue une partition plus intériorisée, dans un registre sobre et retenu, loin de ses personnages plus expansifs.

