Gaspar Noé va t-il à nouveau choquer Cannes avec Lux Æterna ?

Posté par Rosario Ligammari le 16 Mai 2019
Avec ses films secouants, Gaspar Noé est un cinéaste sulfureux et sans compromis. Un an seulement après Climax, le réalisateur est de retour avec le moyen-métrage Lux Æterna. Le film sera présenté en Séance de minuit : un créneau horaire parfait pour réveiller le Festival.
Gaspar Noé et les réactions viscérales

Il y a une odeur de soufre dans l'air. Normal : Gaspar Noé est à Cannes. Depuis Carne (son premier moyen-métrage tourné en 1991) tous ses films sont présentés au Festival, l'endroit idéal où les passions se déchaînent. Et à chaque fois ça ne loupe pas : les réactions sont viscérales. Son premier long-métrage Seul Contre Tous (la suite de Carne sortie en 1999), avec son esthétique poisseuse et ses logorrhées nerveuses, avait fait l'effet d'une grenade dégoupillée. Et annonçait Gaspar Noé en cinéaste radical à suivre, ou à fuir – selon les sensibilités.

Mais, avec sa tête écrabouillée à l'extincteur et son long viol au milieu, c'est surtout Irréversible – en compétition en 2002 – qui a été à l'origine du grand malaise. Un électrochoc comme le furent avant lui et dans un registre autre La Grande Bouffe (Marco Ferreri, 1973) ou Crash (David Cronenberg, 1996). Les notes du DVD rappelle l'impact de la diffusion du film avec Vincent Cassel, Albert Dupontel et Monica Bellucci : « Une vingtaine de personnes a été victime d'évanouissements ou de crises de nerfs (...). Plus de 200 spectateurs ont préféré quitter la salle avant la fin ».

Un cinéma sans concession

Si les films de Gaspar Noé secouent, c'est d'abord parce qu'ils sortent des clous. Avec un trip sensoriel plus expérimental que narratif qui s'étire sur 2h40 (Enter The Void, 2010) ou une histoire de passion qui explicite le sexe (Love, 2015), Noé ne connaît pas le mot « concession ». Et puis le réalisateur s'empare à bras le corps de sujets sensibles : l'inceste dans Seul Contre Tous, le viol (et la justice par soi-même) dans Irréversible (2002), ou encore la vie après la mort (ou les états de conscience altérée) dans Enter The Void (2010).

Et que dire de la forme ? Noé adore titiller la rétine et le système nerveux en employant les grands moyens (techniques) : stroboscopes à profusion (en particulier dans Enter The Void), carton anxiogène (« Vous avez 30 secondes pour abandonner la projection de ce film », dans Seul Contre Tous), ou son à basse fréquence qui provoque la nausée (Irréversible). Quoi de plus normal pour ce cinéphile fan de Salo ou les 120 journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini, 1976), Schizophrénia (Gerard Kargl, 1983) et Fassbinder. Son cinéma est fait pour provoquer des sensations fortes. S'il y parvient à faire réagir, c'est qu'il a réussi son coup.

Lux Æterna, film-surprise

Cette année, Gaspar Noé revient avec Lux Æterna. Comme Love en 2015, le moyen-métrage sera projeté en Séance de minuit. C'est ce qu'on pourrait appeler un... film-surprise. D'abord parce qu'on n'attendait pas forcément Noé un an après Climax (présenté à la Quinzaine des réalisateurs). Rappelons que huit ans séparent Irréversible d'Enter The Void, ce dernier exigeant un immense travail sur les effets visuels. Le tournage de ce dernier film s'est visiblement fait dans le plus grand des secrets.

Film-surprise encore parce le casting est composé notamment de Béatrice Dalle et de Charlotte Gainsbourg « qui se racontent des histoires de sorcières ». C'est en effet surprenant quand on sait que les derniers films de Noé étaient surtout constitués d'acteurs non-professionnels (sauf exception comme Sofia Boutella dans Climax ou de Paz de la Huerta dans Enter The Void). Alors, encore du soufre ? Le simple nom de Noé à l'affiche suffit à répandre cette odeur dans l'air cannois. 

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