Emmanuelle la genèse d’un film de culte

Posté par Aurelien BACOT le 3 Juillet 2019
"Mélodie d’amour chante le cœur d’Emmanuelle", fredonnait Pierre Bachelet il y a tout juste 45 ans et le refrain n’a depuis jamais quitté la mémoire émue des cinéphiles. Une chanson composée pour le long métrage au même prénom, premier film érotique à s'afficher dans les salles grand public et devenu rapidement totalement culte. Un succès aussi phénoménal que mondial, réalisé par Just Jaeckin et inspiré d'un roman d'Emmanuelle Arsan, qui a pourtant failli ne jamais voir le jour entre difficultés de tournage et censure. Retour sur la genèse d’un film culte.

Avec en tête l’idée de profiter de la libération des moeurs post 68, Yves Rousset-Rouard (futur producteur des Bronzés) décide d’adapter pour le cinéma un sulfureux roman à succès, interdit à l’affichage dans les librairies. Et pour réaliser cette adaptation, le producteur fait appel à un jeune photographe de charme Just Jaeckin, qu’il charge de mettre en scène ce récit d’une initiation sexuelle au cœur de l’exotique Thaïlande. Côté casting, le long métrage réunit Sylvia Kristel, une jeune actrice hollandaise parfaitement inconnue, Marika Green (tante d’Eva Green), Daniel Sarky et le bien nommé Alain Cuny, notamment remarqué pour son interprétation dans Les Visiteurs du soir de Marcel Carné.

Surfant malicieusement sur la libération des mœurs françaises et dotée d'une caution intellectuelle pour mieux contourner la censure, sur le papier cette adaptation semblait donc à la fois facile et promise à un certain succès. Mais rien ne se déroulera comme prévu.

Un tournage compliqué.

Réalisé en Thaïlande avec un budget très modeste et une économie de moyens techniques, le film est tourné à l’aveugle. Les équipes qui ne peuvent même pas visionner le résultat de leur travail envoient ainsi directement les pellicules en France. Mais si les premiers visionnages à Paris sont catastrophiques, la détermination de Just Jaeckin, de son chef opérateur Richard Suzuki et de toutes ses équipes surmontent finalement tant bien que mal ces difficultés. Outre les problèmes techniques et financiers, les désaccords entre le producteur Yves Rousset-Rouard et le réalisateur viennent compliquer un peu plus l’entreprise. Si l’on ajoute à cela quelques démêlés avec la police Thaïlandaise (des scènes d’ébats ayant été tournées juste à côté de temples bouddhistes), une actrice principale en proie à ses démons personnels, et une réputation des plus sulfureuses, vous obtenez un cocktail suffisamment corsé pour faire entrer un film dans la légende.

Mais l'élément principal du mythe reste sans conteste son rapport ambivalent à la censure.

"Nombreuses scènes licencieuses et pornographiques, accouplements diversifiés, lesbianisme, sodomisation... un film insidieusement malsain pour la jeunesse et les moins jeunes". La sanction de la censure tombe, empêchant provisoirement la sortie du film. Mais pouvait-on rêver meilleure promotion dans le contexte d’une révolution sexuelle en marche ? Dans la France de Pompidou, où politiquement la pudibonderie était finalement encore de mise, Emmanuelle doit donc fait face à de nombreux obstacles pour trouver le chemin des écrans. Autant de défis qui vont paradoxalement grandement contribuer au succès (inattendu dans de telles proportions) du film. D’abord interdit en raison de ses passages trop crus Emmanuelle multiplie les démêlés avec la commission de censure, puis est finalement autorisé après avoir été amputé de… moins d’une minute. Plus que ces coupes, c’est vraisemblablement l’arrivée au pouvoir de Valéry Giscard d’Estaing, deux mois avant la sortie du film, et l’acharnement du producteur entré en contact avec le ministre de la culture du nouveau président, qui auront finalement permis à Emmanuelle d’échapper au couperet de la censure.

Il faudra ainsi attendre l'été 1974, pour que le film obtienne finalement son visa d'exploitation pour sortir en salles. Et là, malgré les critiques assassines de la presse, le succès est phénoménal. Avec 18 salles à Paris, Emmanuelle bénéficie d’une mise en avant incroyable. Là où le diffuseur attendait au mieux un demi-million d’entrées, le film explose le box-office avec des files d’attente monstrueuses devant les cinémas. Véritable phénomène de société avec près de 9 millions d’entrées en France, Emmanuelle restera à l'affiche sur les Champs-Elysées pendant 12 ans ! Mais très rapidement l’onde de choc devient mondiale. Du Japon aux Etats-Unis, en passant par le Brésil ou la Suède, le long métrage sera vu au cinéma par plus de 50 millions de spectateurs, propulsant Sylvia Kristel au rang d’icône de la révolution sexuelle et pulvérisant en douceur les derniers carcans conservateurs.

Devenue une franchise, Emmanuelle connaîtra 26 déclinaisons au cinéma ou à la télévision : Emmanuelle l'antivierge, Good-bye, Emmanuelle, Emmanuelle dans l’espace, Black Emmanuelle et bien d'autres encore, mais ceci est une autre histoire…

 

VENDREDI 12 JUILLET

22H45

EMMANUELLE 

1974 • 1H30 • France

Érotique de Just Jaeckin avec Sylvia Kristel, Alain Cuny, Marika Green

Emmanuelle rejoint son mari diplomate en Thaïlande. Dans l'avion, pour tuer l'ennuie, elle s'offre à deux passagers sans attendre l'atterrissage. Enchantée par cette expérience adultère, Emmanuelle va s'adonner à des expériences érotiques de plus en plus raffinées...

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