Dumbo : le film analysé par les émissions CANAL+

Posté par Pierre Le Damany le 6 Avril 2019
À la fois remake, film d’auteur, blockbuster, hommage au cirque traditionnel ou encore autoportrait ; l’auteur de cet article ne savait pas trop par quel bout prendre le dix-neuvième long métrage de Tim Burton. Heureusement les émissions CANAL + ont déjà traité le film avec des angles d’attaques variés sur cette nouvelle adaptation de l’éléphanteau le plus célèbre du cinéma.

Un blockbuster d’auteur qui prend son envol

Pour l'émission Tchi Tcha, Tim Burton parvient à faire du grand classique Disney un film personnel. Petit cirque intime planté en plein barnum, ce blockbuster d’auteur permet au réalisateur de décliner une nouvelle fois les thèmes qui lui sont chers : l’exclusion, l’attraction et l’hors-norme. Une grille de lecture confirmée par l’actrice Eva Green interviewée par nos journalistes :

« Tim s’est identifié à Dumbo, mais surtout parce que c’est un marginal qui ne rentre pas dans les normes et donc qui est mal aimé et petit à petit cet anti-héros va être accepté des autres et cette particularité va le rendre unique. »

Le retour d’un des personnages les plus familiers de Burton : la bestiole.

Le retour de l’éléphanteau volant est aussi une occasion pour Tchi Tcha de faire un état des lieux de la place des animaux dans la cinématographie de Tim Burton ; animal domestique, animal sauvage ou bête humaine, la bestiole et sa mise en scène ont toujours eu une place importante dans son œuvre.

Tim Burton : « C’est une émotion magnifique que d’observer un chien, ou Dumbo ou n’importe quel autre animal de compagnie […] On apprend aussi beaucoup en regardant des documentaires animaliers. »

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Une déclaration d’amour au cirque traditionnel

À Hollywood, Didier Allouch et son équipe voient en Dumbo bien plus qu’un simple remake mais plutôt une déclaration d’amour au cirque traditionnel, à sa délicieuse étrangeté et son innocence mise en danger par les grosses sociétés qui veulent le pervertir. En effet pour la réalisation du film, Tim Burton s’est entouré de vrais acrobates, clowns et autres gens du cirque. Un entourage qui n’a pas laissé Eva Green indifférente :

 « C’est vraiment une famille, ils se supportent tous et ils m’ont donné beaucoup de confiance et de courage pour aller là-haut parce que j’avais une phobie totale. »

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Un recyclage qui ne trompe pas Frédéric Mercier

L’enthousiasme de l’Hebd’hollywood n’est pas complètement partagé par la bande du Cercle qui voit plutôt dans le film la maladresse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Philippe Rouyer prend cependant la défense du film en analysant deux scènes du film avec précision et malice. Le chroniqueur y voit un autoportrait qui s’approprie l’œuvre originale tout en la renouvelant :

« On est même pas à la moitié du film et Dumbo vole alors que c’était le fin du dessin animé et c’est ça qui est intéressant ; qu’est-ce qui va se passer maintenant […] Evidemment c’est l’autoportrait de Tim Burton. Qu’est-ce qu’il se passe quand on sort des clous de l’industrie Hollywoodienne ? Et c’est ça qui est amusant, c’est ça qui est touchant. »

Un avis pas du tout partagé par Frédéric Mercier qui s’engage dans un duel cinéphile sans pitié avec Philippe Rouyer.

« Ça fait 30 ans qu’il fait son autoportrait ! Il y a 15 ans Sweeney Todd, c’est lui le barbier. Il nous raconte toujours la même histoire, c’est-à-dire comme c’est difficile de travailler dans une industrie qui pourrait tarir ma créativité, ma différence, qu’est-ce que je peux en faire. »

Un regard critique complété par Murielle Joudet qui dénonce la faiblesse esthétique et le sur-calibrage marketing du film de la part de Disney qui infantilise son audience contrairement au film original :

« Pour moi, c’est un coup porté à mon enfance tout simplement […] et j’ai envie de comparer les deux versions, c’est-à-dire qu’on perd la beauté visuelle, la beauté graphique, on perd la violence du film ; Dumbo c’est un film très violent, j’arrive pas à revoir la première version tellement c’est violent et surtout, on a pas besoin de tous ces êtres humains autour de Dumbo pour le comprendre. »

« Ce qui me choque d’un film à l’autre c’est la manière dont Disney envisage son public : le premier Dumbo il envisage son public comme des adultes, même les enfants sont considérés comme des adultes, des gens intelligents qui sont capables de comprendre une histoire et là on est infantilisés pour moi par cette deuxième version live […] nourrie par une volonté cynique de faire un succès assuré. »

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