Sofia Coppola : comment sa bande originale a fait de sa 1ère réalisation un film culte
Sorti en 1999, VIRGIN SUICIDES n’est pas seulement le film qui a révélé l’inimitable patte de Sofia Coppola, mais aussi une œuvre indissociable de sa bande-originale culte. Explications.
Traduire l’indicible
Dans une banlieue américaine des années 1970, les cinq sœurs Lisbon — Cecilia, Lux, Bonnie, Mary et Therese — grandissent sous l’autorité étouffante de leurs parents. Après une première tentative de suicide de la plus jeune d'entre elles, leur quotidien bascule : isolement, interdictions, enfermement progressif... Le récit est porté par la voix de garçons du voisinage, fascinés par ces adolescentes dont ils tentent de percer le mystère.
Difficile, voire tout simplement impossible, d’imaginer VIRGIN SUICIDES sans sa musique. Dès les premières minutes, les nappes électroniques d’Air installent un climat étrange, doux et inquiétant à la fois. Une ambiance parfaite pour raconter l’histoire des sœurs Lisbon, adolescentes aussi fascinantes qu’inaccessibles incarnées par Kirsten Dunst, A. J. Cook, Hanna Hall, Leslie Hayman et Chelse Swain.
Avec « Playground Love », morceau devenu culte, le film touche juste. La chanson capture tout ce qui traverse le récit qu’a minutieusement tricoté Sofia Coppola : le désir, la distance, la frustration et la nostalgie. Là où les dialogues restent pudiques, la musique exprime ce que les personnages taisent, et devient le véritable langage émotionnel du film.
Une B.O. entrée dans la légende
Dans plusieurs interviews, Sofia Coppola explique que la musique faisait partie intégrante de sa conception du film dès le départ et qu'elle avait une ambiance sonore précise, presque tactile, en tête. Son pari est alors audacieux : confier l’identité musicale de son premier film à deux musiciens français alors en pleine ascension. Mais ce choix se révèle décisif. Air signe une partition intemporelle, capable d’évoquer à la fois les années 70 et un rêve éveillé hors du temps. Résultat : la bande originale dépasse le cadre du cinéma pour devenir un objet culte à part entière.
Encore aujourd’hui, les morceaux du film composés par Air évoquent très directement VIRGIN SUICIDES mais aussi une ambiance particulière, une nostalgie qui traverse les époques. Comme les images du film, elle conserve intact son pouvoir de fascination. Et Sofia Coppola a confirmé ce goût très sûr pour la musique par la suite, de LOST IN TRANSLATION et sa dream pop mélancolique à MARIE ANTOINETTE, célèbre pour ses audacieux anachronismes new wave et post-punk.
