Ce thriller érotique fête ses 10 ans, voici comment a été filmée sa scène la plus osée
Disponible sur Ciné+OCS (avec CANAL+), MADEMOISELLE (2016) est un magnifique thriller sulfureux signé Park Chan-wook. Pour filmer les scènes de nudité avec justesse et respect, le réalisateur a mis en place un protocole très strict.
MADEMOISELLE, une histoire d’amour et de mensonges
Après la parenthèse STOKER (2013), son premier film en langue anglaise, Park Chan-wook est revenu avec MADEMOISELLE (2016) à une production coréenne en adaptant le roman Du bout des doigts de Sarah Waters. Son thriller érotique est porté par Kim Min-hee, égérie du cinéma d'auteur coréen, et Kim Tae-ri, véritable révélation du film. Elles interprètent respectivement Mademoiselle Hideko, une riche héritière japonaise, et Sook-hee, une voleuse.
Toutes deux se rencontrent grâce à un escroc se faisant passer pour un comte. Son but est d’épouser Hideko pour s'emparer de sa fortune. Sook-hee, engagée comme servante, doit alors convaincre la demoiselle de tomber dans les bras de cet homme.
Avec MADEMOISELLE, Park Chan-wook propose une fois de plus un savoureux jeu de dupes où les protagonistes ne cessent de mentir — aux autres personnages comme au public. Le scénario, aux nombreux retournements, navigue avec génie entre comédie et cruauté, tandis que l'esthétique demeure sublime.

Le protocole de Park Chan-wook pour les scènes de sexe
MADEMOISELLE n’est pas qu’une histoire d’arnaque, c’est aussi un grand film d’amour. Hideko et Sook-hee développent des sentiments sincères, portés par une tension sexuelle qui finit par exploser dans des moments d’érotisme intense. Ces scènes de sexe permettent à ces femmes de s’affranchir de la violence patriarcale environnante. La plus jeune faisant découvrir les plaisirs charnels à son aînée peu expérimentée.
Désireux de critiquer le "regard masculin sur la femme", Park Chan-wook avait à coeur de ne pas tomber dans le voyeurisme malsain. Il a donc élaboré une préparation millimétrée pour le tournage des scènes de nudité. Comme il l’a expliqué dans les colonnes de GQ, il a discuté des scènes avec ses deux comédiennes avant même de leur donner le scénario.
Le storyboard décrivait ensuite chaque mouvement avec précision pour qu'elles puissent se projeter :
Je l’ai montré aux actrices en leur expliquant que si certaines choses les gênaient nous essayerions de les corriger. Elles ont donc participé à la conception même de ces scènes.

Une salle de détente pour les actrices et des techniciens au foot
Lors des répétitions, vêtues de tenues de yoga, les actrices ont elles-mêmes enrichi la gestuelle, tandis que Park Chan-wook leur précisait où se trouverait la caméra. C'est ainsi qu'elles ont improvisé le geste des doigts entrecroisés lors de la célèbre position des "ciseaux".
Cela n’existait pas dans le scénario. Cela nécessite une grande souplesse, elles étaient fatiguées… Elles ont trouvé spontanément ce geste et là tout le monde a crié "Eureka".
Sur le tournage, le cinéaste a poussé la prudence encore plus loin. Pour que ses interprètes soient à l'aise, il a fait sortir la quasi-totalité des hommes du plateau — précisant avec humour qu'ils étaient "ravis d'aller jouer au foot pendant ce temps". Seuls le caméraman et le directeur de la photographie sont restés.
Le reste de l'équipe suivait la scène dans une autre pièce via un écran (le combo), afin que "leur regard ne se pose pas directement sur les actrices". Enfin, un espace privé avec bougies parfumées, vin et musique douce était réservé aux deux femmes entre les prises.
Pour couronner cette attention rare, Park Chan-wook, d'ordinaire adepte des multiples prises, s'est limité à une ou deux tentatives pour ne pas en demander trop à ses actrices. Une éthique de travail à prendre en exemple alors qu’aujourd’hui des coordinateurs d’intimité sont généralement présents pour ce genre de scène.
