Alice et le maire : Fabrice Luchini, un acteur à la verve d’homme politique

Dans Alice et le maire de Nicolas Pariser, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Fabrice Luchini campe un maire de Lyon qui a perdu sa verve, et qu’une jeune philosophe (Anaïs Demoustier) va tenter de rebooster. C’est un problème qui ne risque pas de toucher le comédien…
Posté par Jean François Frontera
Un jeune premier assez discret

Déjà pour son premier rôle (de Fabrice) dans Tout peut arriver (Philippe Labro, 1969), le garçon-coiffeur extraverti que rien ne prédisposait au cinéma (fils d’épiciers, pas intéressé par l’école…), repéré par le réalisateur dans un drugstore, dévoile son irrésistible « phrasé Luchini ». Il faut le revoir, à 17 ans, plein d’aplomb (« Tu parles verlan ? Je m’appelle Cebrifa »), se lancer dans des tirades improvisées… Chez Éric Rohmer, dont il deviendra l’acteur fétiche, il déploie son verbe piquant à loisir, avec toute l’effronterie de la jeunesse dans Le Genou de Claire (1970). 

le verbe haut

Puis, languide dans Perceval le Gallois (1978), il redonne vie au texte de Chrétien de Troyes, aux côtés d’André Dussollier et Arielle Dombasle. La presse le crucifie, parlant d’un « Niguedouille sans charme » ? Barthes le sauve. Durant les années 80, il affûte sa langue. Présentateur qui se cherche dans T’es folle ou quoi ? de Michel Gérard, en 1982 (« Moi, je minaude ? » lance-t-il à son amoureux Aldo Maccione) ou dandy dragueur rejeté dans Les Nuits de la pleine Lune (Rohmer, 1984). Mais c’est La Discrète (Christian Vincent, 1990) qui le révèle au grand public. Séducteur manipulateur face à Judith Henry, il fait du Luchini : « Tu as vu cette fille ? Elle est im-monde. » La réplique devient culte.
 

Un rôle de politicien dépressif sur mesure

Son personnage est alors lancé et plus rien ne peut l’arrêter : tout le monde veut tourner avec Luchini. Le comédien enchaîne les films, se produit au théâtre, devient la coqueluche des plateaux télé. Qu’il déclame du La Fontaine, du Céline, fasse le show au JT, tourne avec Cédric Klapisch, Bruno Dumont ou Anne Fontaine, on ne s’en lasse pas. Nul doute qu’il n’a eu aucun mal à camper ce maire au bout du rouleau, lui qui pourrait donner des cours d’éloquence à n’importe quel politique, et qui analysait dans son autobiographie : « La diction, ce n’est pas articuler. Ce ne sont pas les hommes politiques qui articulent pour être compris et qui nous parlent comme à des demeurés. » On le croit sur parole.
 

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