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ALBATOR : comment expliquer son succès intact, presque 50 ans après ?

« Avec son bandeau sur l'œil, avec sa joue balafrée, avec le plus grand des cœurs, Albator s'est embarqué… » Difficile de faire personnage plus iconique qu'ALBATOR. Alors que le film d'animation de 2013 est disponible sur CINÉ+ OCS (avec CANAL+), on revient sur les raisons de son succès intemporel.

ALBATOR ne meurt pas, il se réinvente

ALBATOR, ou Captain Harlock de son véritable nom originel, est une création du mangaka Leiji Matsumoto en 1969. Un pirate de l'espace reconnaissable entre mille. Avec son bandeau sur l'œil, la cicatrice sur sa joue, son sabre et sa grande cape noire, il répond à une esthétique correspondant à l'imaginaire collectif sur la piraterie.

Il ne faut pas longtemps pour qu'il passe d'un format à un autre puisque si Matsumoto n’abandonnera jamais son personnage jusqu'à sa mort, en 2023 (le manga Albator SSX Dimension Voyage paraît de 2016 à 2020), l'écran l'appelle. Un premier film d'animation : ALBATOR : LE MYSTÈRE DE L'ATLANTIS sort en 1978, aussitôt suivi de la série d'animation ALBATOR, LE CORSAIRE DE L'ESPACE que l'on raccourcit en France par ALBATOR 78.

 

S'ensuivront plusieurs séries, plusieurs mangas, plusieurs films, réinventant, Matsumoto en tête, le personnage par petites touches ou élargissant son univers. Le film de 2013, accessible sur CINÉ+ OCS avec CANAL+, répond bien à cette question de l'immortalité du héros en jouant la carte de la transmission. Tout comme il y aura toujours un Arcadia, son vaisseau iconique, il y aura toujours un Albator.

La France et la Belgique parmi les plus fidèles du capitaine corsaire

Le saviez-vous ? La France et la Belgique sont amoureuses du corsaire depuis ses débuts et cela va bien plus loin que de s'écharper sur quelle est la meilleure version entre ALBATOR 78 et ALBATOR 84. Le dessinateur et scénariste français Jérôme Alquié s'empare du mythe en 2020 en signant une trilogie de mangas, CAPITAINE ALBATOR : MÉMOIRES DE L'ARCADIA, dépassant ainsi les frontières nationales du personnage (il fera de même, plus tard, pour SAINT SEIYA ou LES CHEVALIERS DU ZODIAQUE).

Ce n'est pas tout. Si Albator a eu les honneurs de l'animation, y compris en CGI comme pour le film de 2013, il n'est pas passé loin de la prise de vues réelles par deux fois. Et par deux fois, cela venait d'une ambition francophone. Le scénariste Jean-Pierre Dionnet, cofondateur du magazine Métal Hurlant, a longtemps cherché à signer un long-métrage sur le corsaire de l'espace avant d'abandonner. Puis, le réalisateur belge Olivier Van Hoofstadt (DIKKENEK) annonce en 2017 le lancement d'une production. Malheureusement, des mésententes créatives mettent fin au projet. Est-ce que la troisième sera la bonne ?

Pourquoi un tel engouement ?

Les causes sont multiples. Le personnage lui-même est une figure romanesque, empreinte de mélancolie, de tristesse. Un personnage solitaire, quasiment mutique, en lutte constante contre un système corrompu. Il incarne le héros tragique auquel chacun parvient à s'identifier dans un sens.

Et puis Matsumoto a réussi à créer un récit visionnaire, cinquante ans auparavant. ALBATOR critique une société humaine devenue lobotomisée par le divertissement, l'opulence, aux mains de gouvernements lâches et incompétents incapables de voir la menace alien. Albator s'engage dans la piraterie pour défendre la liberté (oui, comme ONE PIECE) des hommes, même sans soutien. C'est un révolutionnaire en lutte contre une injustice. Ses valeurs sont universelles et font encore magnifiquement écho en 2026. Peut-être que si on lève les yeux au ciel, l'Arcadia et son drapeau noir apparaîtront pour nous redonner un peu d'espoir.