Le retour de la passe
Posté par George Eddy le 27 Novembre 2017
Nous vivons une époque glorieuse pour tous ceux qui aiment le basket collectif, le partage du ballon est le sacrifice de l'individu pour le bien du groupe.

Certains diraient que c'est "old school", que le basket moderne est plutôt fait d'exploits individuels grâce à des athlètes hors norme comme Michael Jordan ou Kobe Bryant (par ailleurs, deux joueurs qui ont commencé à gagner des titres quand ils ont accepté de jouer plus collectivement).  Cependant, quand LeBron James, le plus bel athlète aujourd’hui, dit que les Spurs jouent comme il faut, en pratiquant le meilleur basket qu'il a vu dans sa vie, on se dit que le beau jeu collectif a encore des beaux jours devant lui!  Je dirais que nous vivons l'ère du retour de la passe dans le basket moderne comme arme absolue contre les défenses archi-physiques et musclées d'aujourd’hui.  Pour un joueur "old school" ou tout simplement "old" comme moi qui ne pouvait trouver des tirs que grâce à l'aide du collectif et les passes et les écrans de ses co-équipiers, c'est du pain béni !

     Il n'y a pas de meilleur exemple de ceci que Boris Diaw.  Eternellement incompris dans la NBA par son manque d'égoïsme et d'envie de marquer des points,  Boris a toujours été un iconoclaste têtu, un marginal dans ce monde individualiste, un homme qui préférait faire marquer les autres afin de créer une ambiance altruiste propice à la victoire pour le groupe.  C'est dû à sa personnalité unique, ses parents, son éducation et son vécu.  Quand le champion d'Europe jouait à Phœnix il s'est épanoui dans le jeu de Mike D'Antoni mais avec Atlanta et Charlotte il était mal à l'aise et inefficace.  Il a fallu le lobbying de son copain d'enfance Tony Parker pour le faire venir à San Antonio afin qu'il s'éclate complètement dans le système collectif du maitre, coach Gregg Popovich et son "Big Three", Tim Duncan, Parker et Manu Ginobili.  Boris est le chainon qui a manqué aux Spurs depuis leur dernier titre en 2007.  Dans le rôle de deuxième créateur en attaque derrière son pote Parker, il a rendu les Spurs imbattable dans leur quête d'une revanche sur leurs bourreaux des derniers Finals NBA, les Miami Heat. Cette fois-ci, le collectif et le jeu de passes de San Antonio a dominé Miami trois fois de suite d'une vingtaine de points, les deux premières fois sur le terrain des Heat!  Boris est tellement bien à San Antonio que cette saison il a même retrouvé son envie et sa capacité d'être dangereux au scoring comme à l'époque des Suns.  C’est le mariage parfait entre Boris et une équipe internationale genre Nations Unis ou tous les joueurs majeurs avaient accepté moins d'argent pour rester aux Spurs afin de continuer de s'amuser à jouer et à gagner ensemble. 

     Les Finales de notre Pro A ont marqué également le retour de l'importance de la passe.  Limoges est champion surtout grâce à une prise de conscience collective ou des joueurs à forts egos ont enfin accepté de faire l'extra passe en playoffs.  Le jeu du finaliste Strasbourg et de Vincent Collet possède le même ADN que les Spurs à tel point que Vincent incorpore certains systèmes d'attaque de San Antonio quand il coache en club ou en équipe de France.  Ceci va être un atout supplémentaire cet été à la coupe du Monde en Espagne car dans l'absence de Parker, le collectif construit autour du leader Boris Diaw va devoir compenser pour les 20 points par match que marquaient habituellement Parker.  Des solistes comme Nicolas Batum, Edwin Jackson, Evan Fournier ou Nobel Boungou colo seront obligés de jouer une partition plus altruiste en faisant tourner la gonfle et en évitant des mauvais choix et des tirs forcés. Il va falloir une attaque rythmé et up tempo avec cinq joueurs impliqués en mouvement perpétuel qui cherchent systématiquement le joueur démarqué le mieux placé.  C'est à ce prix que l'équipe de France de Diaw et Collet puisse faire un bon résultat en Espagne.

     Je rêve maintenant de croiser des jeunes joueurs dans les salles ou sur les playgrounds qui se réjouissent autant d'avoir réalisé une extra passe à la Boris Diaw que d'avoir réussi un exploit individuel à la LeBron James!  Comme ça on pourrait vraiment parler du retour de la PASSE.